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Les premières femmes élues maires en 1945

Les premières femmes élues maires en 1945 Posted on 4 November 20191 Comment

Connaissez-vous le nom et le parcours des premières femmes élues maires en 1945 ? Elles sont, pour la plupart d’entre elles, peu connues et il faut creuser dans la presse locale pour les trouver. Alors que de nouvelles élections municipales auront lieu dans quelques mois, faisons connaissance avec les premières femmes qui furent élues à la tête de leurs communes.

Avant de commencer, une petite précision : je parle ici des premières élues maires. Il se trouve que la première femme maire en France fut nommée (et non élue) en 1943-1944 !

Un contexte particulier pour les élections municipales de 1945

D’après les chiffres trouvés sur le site du Sénat, il semblerait que 250 femmes aient été élues maires en 1945. Il est toutefois possible que ce chiffre concerne les élections municipales de 1947. Les élections municipales de 1945 étaient des élections provisoires. C’est pour cette raison que de nouvelles élections ont été organisées deux ans plus tard seulement.

Le contexte de ces élections est particulier : le premier tour a eu lieu avant la signature de l’armistice. Beaucoup de prisonniers de guerre ne sont pas encore rentrés, c’est pourquoi il n’y a pas assez d’hommes pour constituer des listes de candidats aux élections municipales dans certaines communes.

Je n’ai pas trouvé de liste officielle des femmes élues maires en 1945. J’ai toutefois trouvé 10 femmes et les ai divisées en 3 catégories :

  • les femmes maires déjà engagées en politique avant-guerre et/ou résistantes
  • celles ayant eu une expérience professionnelle avant-guerre mais sans expérience politique
  • celles sans expérience politique ni professionnelle

Les femmes élues maires engagées en politique avant-guerre et/ou résistantes

Dans cette catégorie figurent Pierrette Petitot (Villetaneuse ; Seine-Saint-Denis) ; Fortunée Boucq (Bachy ; Nord) ; Odette Roux (Les Sables d’Olonne ; Vendée) ; Josèphe Jacquiot (Montgeron ; Essonne) et Berthe Grelinger (Rungis ; Val-de-Marne).

Pierrette Petitot a été élue maire à l’âge de 28 ans. Résistante, elle était membre du Parti communiste clandestin. Maire jusqu’en 1977, Pierrette Petitot a fait évoluer Villetaneuse : construction de logements, lancement des colonies de vacances et aide à l’enfance… Les nombreuses actions de la maire ont marqué la commune.

Fortunée Boucq a elle aussi été maire de 1945 à 1977. Militante socialiste, elle a 40 ans lorsqu’elle devient maire. Parmi ses actions, on peut citer la rénovation de l’église, bombardée pendant la guerre, l’aménagement des routes et la construction de la salle des fêtes. Cette maire énergique semble avoir fait l’unanimité dans sa commune de Bachy, à tel point que son successeur l’a nommée maire honoraire.

Odette Roux a été l’une des rares femmes élues maires d’une grande ville en 1945. Les Sables d’Olonne comptaient en effet environ 18 000 habitants lors de l’élection d’Odette Roux. Élue à 27 ans, elle a été maire jusqu’en 1947 puis conseillère municipale jusqu’en 1959. Institutrice et membre du Syndicat national des instituteurs avant la guerre, elle a été résistante. Son mari, lui aussi résistant, a été arrêté puis tué par les Allemands. Parmi les premiers combats de la maire, il y a eu le ravitaillement et la reconstruction de la ville. Odette Roux a également mis en place les premières cantines et un centre médico-social, et s’est engagée en faveur des personnes âgées.

Josèphe Jacquiot, élue maire de Montgeron de 1945 à 1947, a elle aussi été résistante. Pendant son mandat, elle a mis en place l’assistance médicale gratuite, a créé la cantine et a apporté son aide aux réfugiés en réquisitionnant des logements. L’une de ses actions reconnues encore aujourd’hui est la création du premier lycée mixte en Île-de-France.

Berthe Grelinger, maire de Rungis de 1945 à 1953, est quant à elle entre deux catégories : je ne sais pas si elle a été résistante et quelles étaient ses activités avant son élection. Cependant, son mari, Lucien Grelinger, a été à la tête d’un réseau de résistance à Rungis. Arrêté par la Gestapo et déporté à Buchenwald, il y est décédé en 1945. Il est probable que Berthe Grelinger ait été élue maire pour rendre hommage à son mari, comme cela a été le cas pour beaucoup de femmes élues à la Libération. Il est néanmoins possible qu’elle ait été, elle aussi, résistante.

On constate parmi ces femmes que la plupart ont été réélues maires en 1947 : Pierrette Petitot, Fortunée Boucq et Berthe Grelinger. Odette Roux a quant à elle été conseillère municipale de 1947 à 1959. Leur expérience politique d’avant-guerre a constitué un sérieux atout pour leurs mandats et pour avoir la confiance de leurs concitoyens.

Les femmes élues maires ayant eu une expérience professionnelle avant-guerre mais sans expérience politique

Elles sont trois à être dans cette catégorie : Célina Roye, Maria Humblot et Geneviève Quesson.

Célina Roye a été directrice d’école avant d’être élue maire à Saint-Omer (Pas-de-Calais) en 1945. Son mandat a pris fin en 1947.

Maria Humblot, maire de Corcept en Loire-Atlantique de 1945 à 1947, est la première femme architecte navale. Elle a également été responsable de la Croix-Rouge locale.

Geneviève Quesson, maire de Saint-Laurent-de-la-Plaine (Maine-et-Loire) de 1945 à 1947, n’est pas une militante politique. Avant d’être élue, elle tenait un commerce de tissus et de vêtements avec son mari. Si elle a accepté d’être maire, c’était pour “rendre service”. Les personnes qui l’ont connue mettent en avant sa générosité. L’hébergement de réfugiés figure parmi ses actions de maire.

Les femmes élues maires sans expérience politique ni professionnelle

Marie-Thérèse de la Grandière d’Espiès (élue à Langolen, dans le Finistère) et Madeleine Ainoc (élue à Echigey en Côte d’Or) ont été élues dans deux situations particulières.

Marie-Thérèse de la Grandière d’Espiès est l’épouse de l’ancien maire de Langolen, René de Cossart d’Espiès. Ce-dernier, maire depuis 1919, est décédé en 1944. Marie-Thérèse de la Grandière d’Espiès a 63 ans lorsqu’elle succède à son mari. Si elle suit la ligne tracée par son époux, elle s’adapte au contexte d’après-guerre et apporte son aide aux plus démunis.

Madeleine Ainoc, maire d’Échigey, est restée deux années à la tête de la commune. De 1945 à 1947, le conseil municipal de la commune n’était composé que de… femmes ! Madeleine Ainoc fut élue suite à une blague des hommes du village.

Un conseil municipal 100% féminin à Échigey

C’est un événement que les habitants d’Échigey n’oublieront pas de sitôt ! Le 29 avril 1945, une liste uniquement composée de femmes est présentée lors des élections municipales. Cette liste est élue dès le premier tour. Les hommes, n’étant pas assez nombreux pour constituer une liste, décidèrent de jouer un tour à leurs épouses, et les proposèrent comme candidates… sans se douter qu’elles apprécieraient leur nouveau rôle !

Daniel Sauvain, l’actuel maire d’Échigey (2014-2020), est le fils d’une de ces femmes élues en 1945. Selon lui, les femmes du conseil municipal ont parfaitement géré les affaires de la commune, notamment en s’attachant au redressement des finances et à l’animation de la vie communale.

En 1947, les hommes sont désormais plus nombreux et constituent une liste pour prendre le relai à la tête de la commune. La situation attire les médias, intrigués par cette commune dirigée par des femmes et où femmes et hommes s’opposent pour la mairie. Le journal Les Actualités françaises présente en vidéo le 24 octobre 1947 une parodie de guerre des sexes et met en scène les habitants du village d’Échigey. Au programme de cette vidéo : des réflexions sexistes en pagaille ! (https://www.ina.fr/video/AFE85002786)

En 1947, les hommes reprennent les rênes de la mairie d’Échigey. Néanmoins, l’histoire du conseil municipal exclusivement féminin de 1945 à 1947 restera dans les annales. Cette histoire pourrait-elle se reproduire aujourd’hui ? La loi sur la parité impose d’alterner une femme/un homme sur les listes candidates aux élections municipales… sauf dans les communes de moins de 1000 habitants ! Alors, tentées ?

Sources

Image – Le conseil municipal d’Échigey, INA

Sénat – Premiers États généraux de la démocratie locale et de la parité 

Décès de Pierrette Petitot, l’une des premières femmes maires, Le Parisien, 09/09/2014

BACHY  Mademoiselle Fortunée, l’une des premières «madame le maire» de France, La Voix du Nord, 26/04/2014

Odette Roux, pour l’amour de Frédo, Le Parisien, 26/04/2014

SERIE. Ces Essonniennes ont du talent : Josèphe Jacquiot, première femme maire de Montgeron, Le Parisien, 19/04/2018

Le Journal de Rungis, mai 2017

Le fabuleux destin de Maria Humblot, élue en 1945, Ouest-France, 29/04/2015

Geneviève Quesson, élue maire « pour rendre service », Ouest-France, 29/04/2015

En 1945, Langolen a élu la première femme maire, Ouest-France, 08/03/2019

INA – Hommes contre femmes, élections municipales

INSOLITE – Municipales : les femmes au pouvoir dans une petite commune de Côte-d’Or en 1945, France Bleu, 19/03/2014

Échigey : une commune d’avant-garde, Le Bien public, 24/03/2014

Les Femmes, Vosges Matin, 26/04/2015