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Gilberte Brossolette Itinéraire d’une femme en politique #2 Les premières années avec Pierre Brossolette

Gilberte Brossolette Itinéraire d’une femme en politique #2 Les premières années avec Pierre Brossolette Posted on 19 January 20201 Comment

Source de l’image : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France 

Gilberte Brossolette Itinéraire d’une femme en politique #1

“Est-ce que vous suivez les cours de géographie de Martonne ?”

J’étais assez étonnée devant ce garçon mince, pas très grand, serré dans un costume plutôt étriqué, le feutre à large bord à la main, et si brun de cheveux, surtout, avec une raie sur le côté gauche…

“Oui, je les suis. Mais qui êtes-vous ?

-Je m’appelle Pierre Brossolette…”

Il me sortit sa carte d’étudiant. Je vis qu’il était normalien et qu’il avait vingt ans. Quant au nom lui-même, il me fit rire : “C’est drôle !”

Et lui, mi-figue mi-raisin :

“Oui, la première fois qu’on l’entend.

-Mais vous n’avez donc aucun camarade, à Normale, qui suive ces cours et qui puisse vous prêter ses notes ?”

Je promis, pourtant, d’apporter les papiers. Des mois plus tard, Pierre m’avouerait ce que j’avais, bien sûr, deviné : “Il fallait bien que je trouve un truc pour vous aborder.”

Gilberte Brossolette, Il s’appelait Pierre Brossolette, p.22
Gilberte et Pierre Brossolette en 1938

Gilberte et Pierre Brossolette en 1938
Source de la photo : © Collection famille Brossolette (www.pierrebrossolette.com) Droits réservés

La rencontre

La Sorbonne, 1923. Gilberte Bruel a 17 ans et étudie l’Histoire-Géographie. Pierre Brossolette, quant à lui, a 20 ans et est étudiant à l’École normale supérieure (ENS), où il prépare l’agrégation d’Histoire. Ils ont alors peu de choses en commun. Gilberte Bruel vient d’une famille bourgeoise, catholique, où les idées politiques se situent sur la droite de l’échiquier politique. Pierre Brossolette est le fils d’un instituteur, “un hussard noir” de la République, selon l’expression de Charles Péguy dans le livre L’argent. Les Brossolette sont anti-cléricaux et profondément attachés à la laïcité.

Ces différences n’empêchent pas Gilberte Bruel d’entamer une relation amoureuse avec Pierre Brossolette. Au contraire, elle apprécie leurs différences, elle qui voulait rompre avec son milieu, trop catholique à son goût. Très vite, les discussions du jeune couple prennent un tour politique. Pierre est un passionné, qui, bien qu’il prépare alors l’agrégation d’Histoire, veut devenir journaliste et rêve de politique. Gilberte admire le jeune homme. Elle admire son énergie, sa passion, son intelligence. Cette admiration ne connaitra pas de fin.

Le mariage et la vie commune

Le jeune couple se fiance puis se marie en 1926. Leurs deux enfants, Anne et Claude, naissent respectivement en 1927 et en 1928. Gilberte et Pierre vivent avec le père de Pierre, Léon Brossolette. C’est lors de ces premières années de vie commune que Gilberte va découvrir l’histoire familiale des Brossolette, grâce à son beau-père, qui lui raconte avec plaisir les parcours de ses aïlleuls, dont trois ont joué un rôle important dans la vie politique. Ces récits sur les héros familiaux en disent long sur les idéaux de la famille : l’engagement politique est un sport familial. Léon Brossolette, instituteur, a écrit des manuels scolaires dans lesquels il n’hésitait pas à faire part de sa ferveur anticléricale.

Les moments que la famille partage sont donc empreints de cette passion pour la politique. Dans son livre Il s’appelait Pierre Brossolette, Gilberte raconte :

Durant les repas de la rue Michel-Ange, la conversation du père et du fils portait, le plus souvent, sur des sujets de politique et d’histoire. Si j’ai acquis une culture politique, c’est à ces déjeuners que je le dois.

Ce qui ne semble être qu’une anecdote sur la vie quotidienne des Brossolette nous donne en réalité des informations importantes sur la construction de l’opinion de Gilberte. Ainsi, ces moments d’échange avec son beau-père et son mari ont forgé son opinion et contribuent déjà à faire d’elle la femme (en) politique qu’elle deviendra, alors même qu’elle n’envisage pas, à cette époque, de prendre ce chemin. On peut alors parler de “politisation par l’intime“, concept théorisé par Anne Muxel.

Une fidèle alliée

Gilberte accompagne Pierre au quotidien dans les différentes tâches qu’il remplit. Après avoir obtenu l’agrégation d’Histoire, il devient journaliste et écrit pour plusieurs journaux. Il demande à son épouse de relire ses articles, avec une obsession : que ses articles soient clairs et compréhensibles.

Gilberte suit également son mari dans ses campagnes électorales. Pierre adhère en effet à la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO) en 1929 et se présente aux élections cantonales et législatives dans l’Aube en 1936. Dans Il s’appelait Pierre Brossolette, Gilberte raconte :

Je fais aussi le chauffeur de maître tout au long de ces tournées où Pierre, d’un cinéma à une salle municipale des fêtes ou un gymnase, va porter la bonne parole du socialisme militant. Et un peu la secrétaire. Par exemple, je vais en personne dans toutes les mairies du canton d’Evry-le-Châtel – dont il brigue le siège de conseiller général – mettre en place ses bulletins de vote et m’assurer que nul ne les oublie.

C’est donc à travers Pierre Brossolette que Gilberte Brossolette découvre la politique. Elle se met à partager la passion de son mari au fil des années. Au début de leur vie commune, elle admet ne pas comprendre pourquoi son mari voulait tant être élu. Mais l’énergie qu’il met dans tout ce qu’il entreprend entraine Gilberte à embrasser ses idéaux. Cependant, elle n’a alors nulle envie de s’engager elle-même en politique. Le foyer reste la première préoccupation de l’épouse et de la mère qu’elle est.